Deus Ex Human Revolution

Avatar dataripper | mars 15, 2014

Le chrome est meilleur que la chair

Certainement un des jeux les plus attendus de sa génération, avec un sentiment mêlé d’espoir et de crainte. Pas d’erreur, ici, nous avons affaire au digne successeur du premier, oubliez le second volet de triste mémoire. Eidos Montréal signe là son premier jeu, ainsi que son premier chef-d’œuvre, il serait inexcusable que vous passiez à côté !

deus-ex-human-revolution-xbox-360-051Le premier opus, sorti en 2000, avait reçu de multiples distinctions (meilleur jeu de l’année pour Gamespy, Gen4, IGN.com et British of film(?) et fut unanimement salué par la critique et les joueurs. Il est resté une des références de l’industrie du jeu vidéo, tant les développeurs avaient su habilement allier FPS et RPG, mais surtout en donnant une liberté presque totale au joueur sur la façon dont les missions devaient être accomplies. Eidos n’a pas oublié ce qui en a fait le succès et a renouvelé l’exploit en produisant cette suite. Mais l’on devrait plutôt parler de prequel, vu que l’action se situe 25 ans avant, décrivant les événements ayant mené à la situation décrite dans le premier volet.

Ton univers impitoyable

Le scénario prend donc place en 2027, le monde est à un stade critique de son développement. Le transhumanisme (voir encadré) faisant son chemin dans les esprits du peuple grâce à la mise à disposition des masses de nouvelles technologies par Sarif Industries, permettant aux plus nantis d’améliorer leur condition humaine en contrepartie d’une dépendance aux drogues antirejet. Mais tout le monde n’a pas les moyens de se les payer, créant ainsi un terreau favorable aux conspirateurs de tous poils, des marginaux aux intégristes ne voulant pas voir leur corps souillé par des corps étrangers. Le monde est au bord du gouffre et les gouvernements incapables laissent aux corporations le soin de gérer la situation, au risque que celles-ci deviennent les gouvernants du futur.

C’est à ce moment-là que le joueur intervient, en incarnant Adam Jensen, ancien membre du SWAT reconverti au service de David Sarif, PDG et fondateur de la corporation portant son nom. Vous êtes donc chargé de protéger le personnel de l’entreprise, à la veille d’une audition historique devant le parlement américain, mais vous ne parvenez pas à empêcher l’attaque du siège par un commando de mercenaires « augmentés ». Les meilleurs chercheurs de la société sont assassinés au cours de l’assaut et, grièvement blessé, vous ne devez la vie sauve qu’à la greffe en urgence d’augmentations de type militaire.

deusex-24Vous vous rendrez compte que vous avez changé à votre réveil, six mois plus tard dans l’hôpital privé de la Sarif. Mais le temps n’est pas a la réflexion et vous êtes propulsé dans votre première mission en tant qu’amélioré car, une nouvelle fois, des terroristes attaquent l’entreprise. Vous découvrirez au fil des missions et quêtes optionnelles l’arrière du décor. Vous aurez alors le choix entre accepter votre nouvelle condition ou vous rebeller contre celle-ci et donc contre la Sarif.

L’univers a été créé de manière réaliste, entendez par là qu’il échappe au manichéisme, se peignant en nuances de gris plutôt qu’en noir et blanc. Chaque camp a ses motivations et personne n’est bassement méchant. Par contre, les méthodes sont sans concessions. Terrorisme et désinformation pour les uns, pots-de-vin et opérations clandestines pour les autres. Vous êtes un maillon de cette chaîne et libre à vous de tuer ou bien de passer par des méthodes moins létales comme la négociation ou l’infiltration. Mais, évidemment, tuer reste la solution la plus simple et la plus viable pour parvenir à ses fins. Car, même si c’est amoral, cela reste sordidement réaliste et c’est en cela que les développeurs sont restés très mûrs dans le développement du titre ; le monde est pourri et cela se ressent par ce genre de détails.

Ambiance

Tout est gris dans cet univers, que ce soit le ciel, qui l’est constamment, ou les gens. Tous les protagonistes de l’histoire ont été savamment posés, on a énormément apprécié la richesse de leur dialogue et de leur comportement. Même les simples figurants ont du cachet et on prend plaisir à découvrir leurs petites conversations à notre passage près d’eux. Bien sûr, il y a quelques défauts, le doublage français est un peu défaillant. Rien de bien grave, mais il existe un défaut de synchronisation labiale et cela manque de punch. Cela dit, on s’y fait relativement vite et cela ne nuit en rien à l’expérience.

Deus-Ex-Human-Revolution-hd-wallpaper-03Un des éléments les plus notables de l’ambiance est la bande son, à classer tout de suite dans les meilleurs du genre. Oppressante et futuriste, elle retranscrit à merveille l’atmosphère des villes tout en soutenant les scènes d’action ou les différents moments forts du scénario. Certes, on y entendra quelques influences ici ou là de l’excellente BO de Tron ou encore de Metal Gear, mais il n’y a pas de quoi rougir de la comparaison, au contraire cela donne du cachet et renforce l’immersion dans cet univers. Le compositeur Michael McCann, n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, s’étant déjà distingué avec la BO de Splinter Cell Double Agent. On ne saura trop vous conseiller que de vous tourner vers son site internet (www.behaviormusic.com) si son travail vous intéresse, vous pourrez ainsi y écouter d’autres de ses compositions.

Peu de choses ont été laissées au hasard dans ce jeu, les développeurs ont même pousser le vice en créant pour la Sarif un site officiel (www.sarifindustries.com) qui y distille les idées de la corporation de manière très réaliste, avec des spots télévisuels, ou plus simplement avec la description par le menu des services qu’elle offre. Mais le site a changé à l’approche de la sortie officielle du jeu, il a maintenant l’apparence d’un site s’étant fait hacker pour diffuser les idées des « puristes ».

Pour pinailler un peu, il existe tout de même une chose qui choquera certainement, c’est le nombre de cartons qui pullulent partout. Il y en a des dizaines qui jonchent le sol, quel que soit le lieu ou les bâtiments, à croire que les habitants sont en perpétuel déménagement. Il est vrai que c’est un élément de jouabilité essentiel, mais tout de même, on aurait aimé plus de variété sur les objets que l’on peut déplacer. Notons aussi que, s’il est vrai que l’univers fourmille de détails visuels, il est impossible d’interagir avec, nous sommes donc cantonnés aux cartons et autres boîtes mis en surbrillance. La fameuse non-linéarité dont s’enorgueillissent les développeurs se retrouve donc tronquée, réduite à ce qui a été prévu. On aurait tant aimé détruire une porte à coup de pied ou avec son flingue, mais non, il vous faudra hacker le système de verrouillage. Le décor, c’est bien, interagir avec, c’est mieux.

Gameplay

Dans les volets précédents, Deus Ex avait déjà beaucoup de possibilités, ici ont été ajoutés des éléments de jeux d’infiltration. Ainsi, on peut se coller aux murs pour prendre des couverts ou éviter soigneusement les systèmes de surveillance, la vue passera alors à la troisième personne, nous permettant ainsi d’avoir une meilleure vue de ce qui nous entoure et renforçant un peu plus le réalisme.

Les compétences ont ici été abandonnées au profit d’un système plus intuitif, même s’il manque de logique. Dans les faits, on récupère des compétences au gré du contrôle des pièces de cybernétique qu’Adam Jensen a déjà en sa possession. Vu qu’il sort de l’hôpital, on nous explique qu’il lui faut du temps pour qu’il ait le contrôle de tout son cyber-matériel. D’accord, c’est capillotracté et, à choisir, on aurait préféré un vrai système de compétences mais, au moins, cela explique pourquoi des pièces de cyber apparaissent au beau milieu d’une zone de combat et on garde ainsi une certaine logique au scénario.

La technique

deus-ex-human-revolution-directors-cut-artwork-ME3050124685_2Ne nous voilons pas la face, si vous y jouez comme nous sur console, vous constaterez que les graphismes sont perfectibles. Entre la définition 720P et le manque évident de polygones sur les personnages secondaires, on remarque rapidement les limites des machines. C’est d’autant plus criant quand les cinématiques en temps réel cèdent le pas à des vidéos précalculées. Et quant on se promènera dans les villes, on s’en rendra compte car elles manquent singulièrement de vie, non pas qu’elles soient mal modélisées, mais elles manquent d’habitants.
Ne nous plaignons pas trop, dans l’ensemble cela reste très correct et met bien dans l’ambiance oppressante que demande le genre. Aucun ralentissement n’est à constater sauf peut-être une fois ou deux au moment des décollages de l’appareil à poussée vectorielle.

En bref

Nous avons été agréablement surpris par ce titre qui a su redonner ses lettres de noblesse au cyberpunk, genre qui était devenu rare, peut-être à cause de la réalité qui le rattrape un peu plus chaque jour, voire le dépasse, et pourtant il a encore des choses à dire, Deus Ex en est la preuve par trois. Nous donnant à réfléchir sur notre condition humaine et politique, Deus Ex ose là où le cinéma se cantonne à des futurs rassurants, où le bien triomphe toujours sur le mal (!), où le ciel est bleu, où les oiseaux chantent et où les happy ends sont décidément ridicules. Ici, rien de tout cela, tout est crade, les gens sont égocentriques ou au mieux dédaigneux, le ciel est gris et même le héros n’est pas celui que l’on attend. Il n’est pas flamboyant mais juste terriblement pragmatique. Les parallèles avec notre époque sont évidents et nous appellent à une saine réflexion sur nous-mêmes.

Ce jeu est à tous les niveaux une réussite, il se doit de figurer dans votre ludothèque aux cotés des précédents épisodes, qui mériteraient de connaître un remake HD au même titre que Metal Gear ou ICO.

Publié à l’origine dans Horizons Fantastiques n°2


Critique de l’édition Director’s cut sur PC

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