Raaaaaaah je suis vieux : Ma passion, son histoire

Avatar dataripper | mars 31, 2015

Il y a de cela bien longtemps, j’avais entendu parler pour la première fois d’une boutique qui vendait des BD (oui j’appelais ça des BD :p) japonaises qui avaient de l’avance sur la diffusion française des animés de l’époque. Je me souviens avoir demandé à ma mère de m’y emmener ; c’était à Bastille, autrement dit l’autre bout du  monde pour un banlieusard de 14 ans. J’étais super organisé : je n’avais ni le nom, ni l’adresse. Il a fallu que j’appelle d’une cabine téléphonique le pote qui m’en avait vaguement parlé (Vincent si tu te reconnais, envoie-moi un message, ça fait un bail que je n’ai pas eu de nouvelles 😉 ). Bref, il me donna le nom de la rue, « rue Keller »…

Une fois arrivé sur place, le nom de l’enseigne, en évidence : « Tonkam ». J’allais rentrer pour la première fois dans une boutique d’import. C’était le choc : certes, la boutique était petite, mais tout était là : les mangas, les comics, les laserdiscs… J’aurais du mal à vous décrire la sensation que j’avais éprouvée et le passage des années n’arrange rien. Je ressortis de là avec le sourire jusqu’aux oreilles et une maman perplexe devant un fils qui achetait des BD en japonais.

Ce fut ensuite l’engrenage, l’achat régulier de mangas, d’animés… De fil en aiguille, dans mon quartier, je commençais à être connu pour en avoir. Du coup, les personnes qui s’y intéressaient ont commencé à m’approcher, ce qui m’a permis de faire de belles rencontres et de me lier d’amitié avec des personnes que je fréquente encore, plus de 20 ans après. Je vais ici tenter de vous partager mon expérience de ces années ou les animés commençaient à percer dans le paysage français.

L’émergence

À cette époque, on se rencontrait tous les samedis devant Tonkam. On y venait pour s’échanger les dernières actualités, vidéos et aussi pour faire le tour des boutiques du quartier. Il n’y avait évidemment pas qu’à l’enseigne blanche et rouge que l’on pouvait se voir. Je me souviens en particulier de Madoka et Katsumi, deux boutiques dans lesquelles on avait l’habitude de se rendre. Les autres lieux pour nous rencontrer étaient les conventions, à l’image de BD expo ou Epita. Quelques centaines de doux tarés comme moi se réunissaient pour discuter et regarder de l’animé sur des projecteurs de salle de classe. Il n’était pas rare que les organisateurs fassent appel au public pour passer leurs vidéos quand la programmation ne suffisait pas.

Les vidéos étaient, contrairement à ce que certains pensent, souvent d’une qualité irréprochable (pas toujours, hein :p), car copié directement du Laserdisc ou une copie de la copie (avec ou sans transcodage). Le tout évidemment en VO, il était tellement rare de tomber sur des traductions de fan. Les fameux « fan for fan » restaient souvent dans des cercles restreints. Pour les traductions, on se tournait le plus souvent sur les scripts en anglais trouvés sur internet (à partir de 94-95).

Le must était de posséder un lecteur de Laserdisc et un  combo magnétoscope/Transcodeur ou plus  simplement le Panasonic NV-W1 qui  regroupait les fonctions des deux derniers appareils. Mais a plus de 10 000 Fr de l’époque il fallait avoir un solide compte en banque pour s’en payer un. A cela vient s’ajouter de quoi les alimenter, tout en sachant qu’une OAV en laserdisc coûtait environ 500Fr. Assouvir sa passion revenait vraiment très cher, d’où la nécessité d’échanger le plus  possible que ce soit  directement les LD’s ou plus sûrement les copies de ceux-ci. De nos jours on a bien de la chance de trouver des séries complètes a moins de 50€, à l’époque pour le même nombre d’épisodes on s’en tirait pour quelques  milliers de Francs et cela sans la traduction.

J’ai pu ainsi découvrir les joies des vidéos en VO avec certaines œuvres des plus intéressantes, à l’image d’Arslan ou Macross, dont je vous avais déjà parlé dans quelques articles ou que je vous avais présenté dans Division Ruine. Je vais d’ailleurs tordre le cou tout de suite à l’idée selon laquelle je défendrais un animé plus ancien et soi-disant plus artisanal. Non, les animés des années 80 ou 90 n’étaient pas meilleurs que la production actuelle, cela fait bien longtemps que l’animation est une industrie au Japon et ce n’est que la nostalgie et la difficulté d’en trouver à l’époque qui nous mettent tant de trémolos dans la voix ou la plume quand on en parle. L’horreur moderne est ailleurs et j’en parle plus bas.

C’est l’arrivée des VHS traduites qui ont fait chuter la qualité vidéo, car en Secam bien baveux et, pire, avec un procédé d’anticopie qui dégradait la qualité (macrovision). Lodoss War chez Kaze avait ouvert le bal des traductions sur K7 en France. Suivit de très près par Manga Vidéo, Ak Vidéo, Tonkam… Seuls quelques éditeurs américains s’étaient essayés au Laserdisc d’animation comme AnimEigo ou Viz video. En France la situation est désespérée le Standard Laserdisc n’ayant pas pris, je ne me souviens que de trois titres ayant vu le jour sur ce Format : Porco Rosso,  Akira et Ghost in the shell.

La fin

La démocratisation d’internet au début des années 2000 a marqué l’arrivée massive de vidéos de mauvaise qualité. Qui se souvient du RM ? Ou des premiers AVI ? Un vrai massacre organisé… J’ai préféré me tourner vers le manga papier, les jeux vidéo et les jeux de rôles. Pour l’animation, c’était quasiment fini pour moi, préférant ainsi rester sur mes acquis. Du côté de mes amis, plus personne ne fréquentait les boutiques parisiennes, préférant passer par internet pour se fournir.

                    (Un petit exemple de vidéo en RM)

D’ailleurs, elles aussi ont marqué un lent processus de changement pour s’adapter à un nouveau public, qui, certes plus nombreux, mais n’ayant plus l’envie de découvrir par la VO, préféraient se tourner vers les DVD français ou le DIVX. Les boutiques étaient ainsi remplies par des goodies et des bibliothèques de manga en français. Les plus intrépides (!) remplissaient leurs étagères de DVD d’import, mais cette fois-ci venant de Hong-kong, aux sous-titres et qualités des plus hasardeux. Actuellement, les boutiques spécialisées ayant pignon sur rue sont devenues tellement rares que je ne me hasarderai pas à faire de généralités.

Les conventions ont aussi bien changé et sont devenues de gigantesques salons où des milliers de personnes traversent les allées à la recherche d’exotisme. On s’y rend comme on va au supermarché, les allées étant gavées de boutiques avec de tristes camelots tentant vainement de vous intéresser à leur étalage rempli de contrefaçons chinoises.

japan-expo-2012-6re

Et que dire des invités YouTubers qui ont, bien malgré eux, remplacé les Dorothée, Ariane et Jacky de l’époque. Attirant des foules de plus en plus jeunes, gavées aux vidéos vite produites, vite oubliées et vides de sens. On vit vraiment une drôle d’époque où l’on récompense plus la productivité que l’art. C’est pour cette raison que je suis resté plus un spectateur amusé de la situation qu’un acteur qui, à coup sûr, serait devenu rapidement aigri et cynique.

Je rêve de revenir à des conventions à taille humaine, où tout le monde se connaissait et partageait les mêmes centres d’intérêt. Des évènements où l’on était libre de passer ce que l’on voulait sur les projecteurs. Quand on entamait une discussion avec un inconnu, il avait les mêmes références que nous. Les boutiques n’y avaient pas leur place, à l’inverse des stands de fanzines qui partageaient la passion des bons animés…

Cette période est bien révolue ; c’est comme vouloir revenir aux 8bits de notre enfance en jeux vidéo : certains s’y essaient, mais ce ne sera plus jamais pareil.

Lexique :

Secam : Format vidéo de l’époque, essentiellement utilisé en France.

Transcodage : processus pour passer d’un standard à l’autre usuellement du NTSC (Japon) au Pal ou Secam. En général à l’aide d’un boîtier dédié entre le lecteur de laserdisc et le magnétoscope.

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